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“La lutte des classes âges”

Les retraités ont une longévité admirable: 80% des Suisses de 50 ans ont au moins un parent en vie. En 1950, 80% n’en avaient plus… L’essayiste Hakim El Karoui, ancien conseiller du premier ministre français Jean-Pierre Raffarin, a publié un ouvrage sur ce changement de paradigme: «La lutte des âges. Comment les retraités ont pris le pouvoir» (Flammarion). «C’est une captation silencieuse de richesse, et pour la première fois, le système démocratique n’est pas conforme à l’intérêt général, qui doit favoriser ses actifs, constate-t-il. Quand j’ai sorti ce livre, je me suis fait insulter. C’est une génération qui ne se rend pas toujours compte des difficultés actuelles. Ils disent qu’ils aident leurs enfants dès qu’ils peuvent, mais il y a un déni de la situation. En France, l’an dernier, le revenu moyen d’un retraité est devenu supérieur à celui d’un actif.»

En vingt ans, on note un très net déplacement de la richesse vers les retraités. En 2010, la cohorte la plus riche est celle des 60-69 ans – pratiquement tous retraités – nés entre 1941 et 1950 qui possèdent un patrimoine 1,5 fois plus important que celui du reste de la population, alors que les actifs de 40-49 ans, nés entre 1961 et 1970, ont un patrimoine supérieur de 1,24 fois seulement au niveau médian de la population. En 1992, les mieux dotés étaient les 50-59 ans – presque tous actifs – qui avaient un niveau de vie médian 1,6 fois supérieur au patrimoine médian des ménages français.

Dans le même temps, la pauvreté a changé de camp. Alors qu’hier elle frappait d’abord les plus âgés, la pauvreté est devenue le problème de la jeunesse. Les courbes par âge de la pauvreté se sont renversées. Au début des années 1970, le taux de pauvreté des plus de 60 ans dépassait la barre des 30 %. Nées avant 1925, ces générations frappées de plein fouet par la guerre n’avaient guère pu épargner ni accumuler des droits sociaux. Quarante ans après, le taux de pauvreté des seniors a fortement diminué grâce notamment à la généralisation des systèmes de retraite. Désormais, c’est chez les jeunes que la proportion de pauvres est la plus élevée. En 2008, le taux de pauvreté des 18-29 ans a atteint 15 % contre environ 10 % pour les plus de 60 ans.

«Les boomers ont été malins, constate Hakim El Karoui. Alors qu’ils s’étaient violemment opposés à leurs propres parents, trop rigides, ils ont été cool avec leurs enfants, ce qui crée peu de ressentiment ni d’envie de se rebeller contre eux…»

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